Depuis 2011, des radeaux d'algues brunes traversent l'Atlantique et finissent sur les plages antillaises. Quelles communes de Martinique encaissent vraiment ? Pas celles qu'on croit — et c'est la forme des baies qui explique tout.
Le trait noir, c'est la côte qui prend. Pour être vraiment exposé, un rivage a besoin de deux choses.
Regarder dans la bonne direction. Les sargasses arrivent poussées par les alizés, toujours de l'est. Une plage tournée vers l'ouest est tranquille — c'est le côté sous le vent de la maison un jour de tempête.
Avoir de la place devant soi. Les marins appellent ça le fetch. Un fond de baie orienté plein est mais barré par trois îlets ne compte pas : les algues n'y arrivent qu'au compte-gouttes.
Trait plein, la côte qui reçoit de face ; tiretés, la façade sud atteinte en contournant la pointe, comptée à moitié. Et surtout : passez de Ce qui arrive à Ce qu'on subit. La carte se retourne.
Sainte-Anne reçoit le plus long linéaire exposé de l'île : 13,6 km. Elle porte un capteur. Le Robert en reçoit 9,3 km, en porte six, et abrite le seul collège fermé de Martinique. Si la quantité d'algues décidait de tout, ce serait l'inverse.
Pensez aux feuilles mortes. Le jardin le plus pénible n'est pas celui où il en tombe le plus : c'est celui où elles s'entassent dans un recoin que le vent n'atteint pas. Les sargasses, pareil — sauf qu'elles pourrissent.
Le BRGM le documente plage par plage. À Sainte-Marie, ouverte et battue par la houle, « les sargasses sont remobilisées par la mer ». Au Marigot, dans une baie de 250 m, « les nappes stagnent plusieurs jours ou plusieurs semaines ».
D'où le paradoxe : les baies du Robert et du François, « bien abritées des vagues par les îlets », sont les pires de l'île. L'abri empêche l'eau de se renouveler. Une nasse : facile d'entrer, impossible de sortir. Les algues se décomposent et dégagent de l'hydrogène sulfuré — l'odeur d'œuf pourri qui fait fermer les écoles.
La quantité d'algues dit où elles débarquent. La forme de la baie et le nombre d'habitants disent où ça devient invivable. Un score qui ne regarderait que la première classerait Sainte-Anne première et le Marigot onzième — l'exact inverse du terrain.
On retourne le raisonnement. L'État a équipé sept communes ; en croisant côte exposée, population et fermeture des baies, on retrouve ses choix à 77 %. C'est ce que dit r = 0,77 : à 1 les deux séries sont jumelles, à 0 elles n'ont rien à voir.
Une fois qu'on sait imiter sa logique, on peut lui demander ce qu'elle donnerait ailleurs. Les communes en déficit sont les oubliées potentielles.
Le plus gros déficit : 10,3 km de côte exposée, 11 454 habitants, un seul capteur fixe. Pas une commune anecdotique — l'armée y est venue prêter main-forte au ramassage en 2025.
Record de l'île : 3 766 habitants par kilomètre exposé. Une caméra, zéro capteur. Mais le manque est peut-être justifié : la houle y remobilise les algues avant qu'elles pourrissent. À vérifier avant d'y planter du matériel.
3,8 km exposés, 8 486 habitants, et rien : ni capteur, ni caméra, ni fiche. Aucun rapport officiel lu ne le cite. Le vrai angle mort.
Les sargasses ont une saison, aussi nette que celle des fraises — en moins agréable. Précision honnête : ces barres ne sont pas une courbe reconstituée. Ce sont les périodes que le BRGM qualifie noir sur blanc d'arrivages « fréquents » ou « moins fréquents ». On n'a rien lissé entre les deux.
Depuis 2018, six caméras solaires photographient les plages toutes les deux heures : plus de 86 400 images, converties en mètres carrés d'algues par un algorithme.
Le piège : ces surfaces ne se comparent pas d'un site à l'autre. Chaque caméra a son angle et sa distance — comme comparer deux objets sur des photos prises avec des zooms différents. Le BRGM chiffre ce qu'il rate : moins de 20 % à Frégate Est, plus de 50 % à Baie Cayol. C'est pourquoi le score n'utilise jamais ces mètres carrés, mais seulement la fréquence et la persistance.
| Site · commune | À quelle fréquence | Ce qu'il y a d'habitude | Le pire observé | Le mot du BRGM |
|---|---|---|---|---|
| Baie Cayol · Le Robert | ~10 évts / 11 mois > 10 000 m² | 4 000–15 000 m²/mois | > 100 000 m² sur la baie | très exposé |
| Frégate Est · Le François | > 50 évts / 48 mois > 1 000 m² | 1 j/2 > 300 m² au barrage | > 8 000 m² | très exposé |
| Petite Anse Macabou · Le Vauclin | banquette permanente > 1 000 m² | 1 500–2 500 m²/mois | > 10 000 m² sur la plage | très exposée |
| Anse Dizac / Cafard · Le Diamant | > 25 évts / 48 mois > 5 000 m² | 1 000–4 000 m²/mois | > 60 000 m² | peut être très exposé |
| Baie du bourg · Le Marigot | > 14 évts/an > 2 000 m² | 1 j/2 > 800 m² · moy. 1 700 m² | ~6 000 m² | très exposé |
| Plage du bourg · Sainte-Marie | > 5 évts/an > 4 000 m² | 1 000–3 000 m²/mois | > 3 000 m² échoués | moins exposé en 2023 |
| Commune | Façade | Côte tot. | Lexp | Lret | Capteurs | Mobiles | Caméra | Pop. | Score | Niveau |
|---|
Quatre ingrédients, doses assumées : 30 % pour les algues qui arrivent, 15 % pour la capacité à les retenir, 35 % pour ce que les gens subissent — mesuré par les capteurs que l'État a installés, sa façon de dire « ici, ça pose problème » — et 20 % pour ce que constatent les rapports de terrain.
Pourquoi la santé pèse plus que le flux ? Parce qu'on classe des dégâts, pas des arrivages. Chaque composante est affichée séparément dans le tableau : vous pouvez refaire le calcul autrement.
Un contour de commune est un polygone : une suite de petits segments. Comment savoir lesquels sont du rivage ? Astuce toute bête : une frontière terrestre appartient à deux communes, un bout de côte à une seule. On compte les segments en double — 9 861 sur 28 622. Tout le reste, c'est la mer.
Pour chaque bout de rivage, on avance de 39 m perpendiculairement pour savoir de quel côté est l'eau. Puis on tire quatre rayons vers l'est sur 10 km, et on compte combien atteignent la mer libre sans retomber sur de la terre.
Le contrôle qualité. Sans ce test, on obtient 240 km de côte « exposée » : le fond de la baie de Fort-de-France passerait pour une plage du grand large. Avec, on tombe à 72 km. Le ministère en publie 70, et on n'a réglé aucun bouton pour y arriver.
Une analyse honnête dit ce qui lui manque. Quatre trous, par ordre d'importance.